08 juin, 2015

Le sportcasting à la garderie (L’éducation respectueuse RIE #9)

(aujourd'hui c'est maman qui dit)



Souviens-toi, l’été dernier je découvrais le sportcasting, ou la technique respectueuse du « commentateur » à adopter en cas de conflit entre tes enfants. J’explique tout ici.

Depuis janvier, je suis éducatrice en garderie et dans ma classe, 
ce n’est pas juste 1 frère et 1 soeur comme à la maison, 
c’est 16 petits de 2 ans. 

Autant dire que c’est une autre paire de manches ! 
Et bien, je vais sûrement te surprendre, mais c’est à la garderie que je m’éclate le plus avec le sportcating : cette technique est absolument MAGIQUE et marche 99% du temps. 
J’irai même jusqu’à dire qu’elle me vient encore plus naturellement car je suis de toute façon obligée de rester professionnelle, calme et rassurante pour chacun des 16 petits. Alors qu’à la maison hein, soyons honnête, il m’arrive encore de déraper et de crier…



Bref, je te redonne les grands principes puis un exemple concret.

Les 5 principes/bénéfices du « sportcasting »

1. Moins on en fait, plus ils apprenent
2. Notre confiance les aide à prendre confiance
3. Ne pas juger, ni choisir de camps
4. Ça encourage nos enfants à arrêter de s’identifier comme agresseur ou victime 
5. Ça aide les enfants à acquérir une meilleure intelligence émotionnelle, une meilleure compréhension de la situation et du language social des adultes.

Encore une fois, si tu veux plus de détails, voici mon 1er article qui explique plus en détail.





Voici donc un exemple de sportcasting (les noms ont été changés) : cette situation je la rencontre environ 10 fois par jour. Cette conversation je l’ai eu des centaines de fois, il ne s’agit pas d’une situation idéale inventée, c’est du vrai cas concret.


Harry joue avec une voiture
Kevin veut la même voiture et commence à vouloir la prendre
Harry commence à crier (ou pas si j’arrive avant)

Je m’approche, m’agenouille à la hauteur de l’enfant et je commence TOUJOURS à parler à celui qui veut prendre le jouet. Mon ton est neutre et il est très important de rester calme.

Moi : « Kévin, tu veux jouer avec la voiture ? »

Kévin : « oui !! » (là Kévin est super content car il se sent compris et 99% du temps ça l’arrête dans son geste de vouloir piquer le jouet à l’autre)

Moi à Kévin : « tu vois, Harry joue déjà avec la voiture. »

Kévin : « je la veux ! Je veux jouer aussi ! »

Moi à Harry : « Harry, Kévin voudrait jouer avec la voiture. » (il est très important de ne pas lui demander de partager, encore moins de l’obliger)

Harry : « NON ! c’est moi qui joue avec »

Moi à Kévin : « Je suis désolé, Harry n’a pas fini. Est-ce que tu peux attendre un peu ? » 
(il ne sert à RIEN de proposer une autre voiture, l’enfant est intéressé par cette voiture et pas une autre, c’est une manière de socialiser, genre un adulte dirait « oh c’est sympa cette voiture, c’est quel modèle, etc…. »)

À ce stade là, 
soit Kévin va attendre et décider tout seul de jouer avec autre chose
 (ce qui au fur et à mesure des semaines de « sportcasting » arrive de plus en plus), 
soit Harry a fini et va lui donner, 
soit il a pas fini et Kévin veut la voiture 
et n’arrive pas à attendre (ce qui arrive le plus souvent)


Kévin : « je veux la voiture maintenant !!!! »

Moi à Kévin : « tu la veux maintenant ? » - Kévin : « oui ! »

Moi à Harry : « Kévin voudrait la voiture maintenant. »

Harry : « non ! C’est la mienne ! »

Moi à Kévin : « je suis désolé Kévin, Harry n’a pas fini, tu dois attendre encore un petit peu. »

Moi à Harry : « Kévin a vraiment envie de jouer avec toi, qu’est-ce qu’on peut faire ? … Vous pouvez jouer ensemble. »


À ce moment, Kévin peut comprendre qu’il doit attendre 
ou Harry a fini et lui passe la voiture, 
ou Harry invite Kévin à jouer avec lui en lui passant une autre voiture qu’il accepte.

Sinon, il arrive souvent à Kévin de commencer une crise de pleurs, 
cris, pour faire sortir toutes ses émotions. À 2 ans, c’est très difficile d’attendre. 


Moi à Kévin : « je sais, c’est très difficile d’attendre son tour. Je peux attendre avec toi. »

Kévin va essayer d’arracher la voiture des mains de Harry, de le taper, voir de le mordre.

Moi à Kévin : (je bloque son geste doucement s’il essaye de taper ou mordre) « je ne te laisserai pas le taper, ça fait mal ».

Là Kévin peut se calmer ou alors il commence à péter un câble, cris, tape des pieds par terre, il n’arrive plus du tout à gérer ses émotions. 

C’est le moment crucial où (la fatigue et notre humanité aidant) il est facile de perdre notre calme et de commencer à crier ou vouloir empêcher Kévin de pleurer ou de crier, pire, de le punir.

Ce qui m’aide c’est de ne pas oublier que :

1- Kévin a 2 ans, son cerveau n’est pas assez développé pour gérer ses émotions ni avoir de self-control
2- Il a besoin d’une grande personne calme et assurée, il a besoin de mon aide, pas d’une punition
3- Il apprendra seulement si je lui montre le bon exemple


Moi à Kévin : 
« je sais c’est très difficile, je vois que tu as du mal à attendre. Je peux t’aider »

Généralement à ce moment là je garde l’enfant sur mes genou, 
j’offre un câlin silencieux jusqu’à ce qu’il se soit déchargé de toutes ses émotions. 
Ça peut prendre 5 voire 10 min.


Bien-sûr les situations varient. Dans le cas d’un livre ou d’un puzzle, je propose de jouer ensemble. Je dis souvent à l’enfant qui se sent agresser « Harry... Kévin veut jouer avec toi » ... « vous pouvez lire ensemble. »

La notion de jouer ensemble arrive plus tard vers 4-5 ans, mais le fait de leur proposer régulièrement fait qu’ils ont de plus en plus le reflex de gérer la situation tout seuls. J’entends de plus en plus les petits dirent « on lit ensemble » puis les 2 s’asseoir côte à côte.


En cas de danger imminent genre l’enfant se met à mordre tout de suite et la discussion n’est pas possible, je le retire immédiatement en lui disant « je ne te laisserai pas le mordre, ça fait mal ». Je l’ammène plus loin « on s’asseoit là pour se calmer un peu »… Je peux alors lui demander « tu voulais jouer avec la voiture…etc. ». S'il a fait mal à un autre, je rassure souvent "tu sais il voulait jouer avec toi..."

La prévention est bien plus efficace 
que n’importe quelle punition 
et dans ma classe il n’y a pas de punition ni de coin. 

Pour ses petits qui ont recours à la violence tout de suite, il est important d’avoir toujours un adulte qui l’observe tout le temps afin de prévenir son geste. Je peux quand-même mettre un petit loin des autres s’il devient agressif, mais sans honte ni parole blessante. Souvent je lui donne un livre et je le garde à distance pendant quelques minutes, si je peux je reste avec lui, sinon je lui demande régulièrement s’il se sent mieux. 

Le plus important à retenir et de ne pas mettre d’étiquette sur les enfants : celui qui mord, celui qui tape, celui qui prend les jouets, celui qui ne prête pas… Ils ont 2 ans et ces comportements sont tout à fait normaux à ce stade de leur développement. 

À nous de rester calme et leur montrer le bon exemple 
pour qu’au fur et à mesure 
ils apprennent à jouer ensemble...


... à créer un arc-en-ciel avec des sprays d'eau par exemple 




05 avril, 2015

Ma vocation ♥

(aujourd'hui c'est maman qui dit)



Princess day : Mymy "Elsa" et Hanaé "Anna"
Vous avez du remarquer que depuis Janvier, je suis moins présente sur la blogosphère. Pour ceux qui ne le savent pas encore, je suis enfin une working mum : après 5 ans d'arrêt, 2 bébés, et 2 déménagements internationaux, j’ai enfin retrouvé du travail au bout de 3 mois de vie à Dubaï ! 
C’était quand-même un des buts de déménager ici… 

Ce boulot, je l’avais en tête depuis un moment, surtout depuis que j’ai découvert l’éducation respectueuse, j’avais envie de mettre en pratique toutes mes lectures, professionnellement, pas juste avec mes enfants. 
Ce boulot, j’en rêvais depuis longtemps, même avant de travailler en collège. Ce boulot je ne pensais pas pouvoir le trouver si vite et si facilement...


Depuis Janvier, je suis "nursery teacher", on peut dire "éducatrice en garderie" mais ici à Dubaï, je n’ai pas besoin du diplôme comme en France, mon diplôme de professeur suffit. D’ailleurs la directrice lors de l’entretient me l’a bien dit « tu es beaucoup trop qualifié, tu pourrais travailler en collège et gagner 3 fois plus, ça ne te gêne pas ? » - « NON ! »


Évidemment, je pourrais comme papa Guégou, gagner 3 fois plus, et continuer à enseigner le français à des adolescents. Je pourrai passer mes week-ends et mes soirées à corriger des cahiers, noter des tests, préparer des leçons. Je pourrais aller au boulot le matin, stressée, sous la pression imposée par l’obligation de résultats, angoissée des progrès de mes élèves. Je pourrais passer de longues journées à essayer de faire comprendre encore et encore le passé composé à des classes de 25 ados qui n’ont pas envie de comprendre…


Au lieu de ça, je travaille de 7h30 à 13h. Je pars tous les matins, heureuse et super excitée de retrouver mes petits deuzans. J’ai la chance d’aller au travail avec ma petite Hanaé, qui va à la garderie gratos, dans une autre classe of course ! (avantage de mon contrat). Je me sens vraiment dans mon élément, motivée et ambitieuse pour la suite. Je fais vraiment ce que je voulais faire depuis très longtemps, depuis que je suis devenue prof en fait.


Mes amis français, un peu curieux de savoir si c’est différent ici, 
me demandent souvent en quoi consiste mon travail exactement…


Je travaille dans une grosse garderie qui a 3 établissements à Dubaï. Dans le miens, il y a au moins une vingtaine de classes, et les enfants ont de 3 mois à 4 ans. Ma classe c’est "Minnie Class" et pour les petits, je suis "Miss Mymy". 
Je suis "maman" de 17 deuzans : mes bébés sont Emirati, quelques Egyptiens et Indiens, une petite Grecque, des Chinois, des Palestiniens, des Canadiens, et un petit Bulgare. 
Avec moi, pour m’aider, j’ai 3 fabuleuses TA (Teaching Assitants ou ATSEM en français). Elles sont philippines et sri-lankaise. Un vrai melting-pot made in Dubaï.

De la grande patronne, en passant par la directrice, les superviseurs, les profs, les Atsem, nous ne sommes que des femmes, dont une majorité de mamans… Il y a une super ambiance, une entraide impressionnante, des soirées au resto, déjà plein de bonnes copines.

Dans ma garderie, on a un planning fixe par trimestre pour savoir dans quel lieux on va, on change d’endroits toutes les 30 minutes. La garderie est divisée en classes bien sûr, mais il y a aussi des pièces de jeux thématiques : le café, où on peut jouer à la cuisine et à la marchande, la "softroom", sorte de pièce matelassée du sol aux murs où on fait de la gym, l’auditorium pour danser et faire du sport, les "playgrounds" ombragés avec leurs bacs à sable et leurs toboggans, le jardin sensoriel, la piscine, etc…

Chaque mois, nous avons une couleur, une forme et un thème différent, autant d’inspirations pour de multiples journées à thème : la journée rose, la journée orange, la journée princesse, la fête internationale du livre, la journée internationale, la fête des mères…


Mon petit chaperon rouge pour "la journée international du livre"



Chaque semaine, je planifie des activités de crafts et des jeux. 
Chaque jour, je fais des câlins, des bisous, je rassure, je sèche des larmes. Je parle anglais, un peu d’arabe, quelques mots de chinois (merci Sophia) et de grec. Je joue, je danse, je cours, je mouche des nez, j’essuie des joues pleines de nourriture, j'aide à manger, je chante beaucoup de chansons, je lis des livres, je rigole, je peins avec mes mains, je décore, je coupe, je colle, je dessine, je fais des courses à 4 pattes sur des matelas, je danse, je fais du tricycle, je fais des pâtés de sable, j’arrose les plantes… 
Je fais beaucoup de sportcasting… 

Pas mal de mamans me demandent comment je peux avoir la patience et la motivation de m'occuper de 17 petits deuzans à la fois... Je n'ai pas trop de réponse, je pense qu'il y a des personnes faites pour ce genre de travail, et d'autres non.

Et puis je vis et j'observe des choses magiques…


Deux petites qui apprennent toutes seules à jouer ensemble


Le jour où les animaux de la ferme sont venus


Séance de déguisement, improvisée... et on danse

International Day : habits et nourriture traditionnels

Activité autours du thème "Frozen" (La reine des neiges) : jouer avec des glaçons


Séance de lecture improvisée par les filles


21 mars, 2015

Le jour où j’ai lâché prise sur la nourriture…

(aujourd'hui c'est maman qui dit...)


Plusieurs semaines que je n’ai pas écrit…

Peur de « jinxer » le truc, de porter la poisse…

Finalement je vais quand-même en parler, ça peut toujours aider une autre maman en détresse.

Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que mes enfants adorent dormir, mais manger c’est un vrai challenge, par période c’était même devenu une lutte, un cauchemard, une inquiétude de tous les jours. 



Pique-nique au parc - Décembre 2014
L’été dernier, nous étions en plein déménagement, Hanaé prenait encore ses doses de poudre spéciale pour grossir. On avait un petit rythme de croisière sympa ou elle mangeait assez bien, les 3-4 petits pots qu’elle préférait, des compotes. Elle n’arrivait toujours pas à manger des morceaux à 18 mois, petite bouche, pas beaucoup de dents, tendance à vomir, etc… 

En Juillet elle a commencé à tout refuser, 
sauf le biberon. 
Elle se nourrissait essentiellement 
de lait entier, blédine et sa poudre spéciale. 

Après notre expérience avec son grand-frère, on savait qu’il ne servait à rien de forcer. Bien-sûr l’inquiétude était là et il y a eu des cris inutiles, des crises qui n’ont servi à rien. 




Puis un jour elle a mangé un petit suisse, elle aimait bien, mais toujours pas de purée de légumes, ni de morceaux. Alors un soir j’ai tenté de mettre du petit suisse sur la cuillère, avec sa purée : je ne me suis pas caché, elle a très bien vu ce que je faisais, ce n’était pas une astuce pour la berner, ce n’est pas comme ça que je veux traiter mes enfants : même à 18 mois elle n’est pas stupide et je me suis engagé à traiter mes enfants de façon respectueuse. Bref devant elle, j’ai pris une cuillère de petit pot puis du petit suisse et elle l’a mangé avec beaucoup d’appétit, elle a fini sont premier petit pot (+petit suisse) depuis 2 mois. On a commencé à en faire une habitude. En parallèle, on s’est rendu compte qu’elle aimait bien la purée mousseline.

Donc, pendant plusieurs semaines, son régime alimentaire était purée de patate à midi, quelques morceaux de fruits mâchouillés, et petit pot+petitsuisse mélangé le soir, avec 2 biberons, matin et soir. Certaines mamans qui lisent vont sûrement penser « mais quels parents indignes… », pour nous elle mangeait, dans le calme, et c’était le plus important.

J’ai régulièrement proposé sans forcer, des trucs différents, surtout des morceaux de nourriture, de la viande, du poulet, des pâtes du riz… Elle ne mangeait aucun morceau, elle jouait avec, c’était tout. J’ai complètement lâché prise, et du coup je ne me suis plus énervé du tout : je l’ai laissé découvrir, je m’étais fait une raison, j’aurai du nettoyage après, voilà tout.

Elle continuait son régime à base de purée, et « suissui » (petit suisse), puis elle a commencé à se lasser de la purée et ne voulait manger que le petit suisse.

On était au mois de Novembre, Hanaé ne voulait plus manger aucune purée, elle voulait croquer des morceaux : j’ai arrêté d’acheter des petits pots, j’ai commencé à lui mettre en petit morceaux sur sa tablette, la même chose que l’on mangeait : on n’a même pas essayé de l’encourager, c’était le repas, point final.

Mars 2015


Je me suis rappelé d’un article RIE (l’éducation respectueuse que je pratique) sur les 6 étapes pour avoir un repas sans crise et sans conflit…

1. Enlever toute émotion dans nos reactions : bien sûr ne pas s'énerver si il ne mange pas, mais aussi ne pas congratuler s'il mange : manger c'est normal pour vivre et remplir son estomac. Point final.
2. Arrêter les jeux pour faire manger genre faire l'avion, etc... Ecouter son enfant, s'il dit non meme après 3 cuillières, c'est fini, il mangera mieux au repas d'après.
3. Offrir des petites quantités de nourriture : par exemple pour TJ je lui met 2 petits pois dans son assiette de pâte, etc..
4. faire une assiette variée avec plusieurs aliments différents dedans (genre un peu de viande, un peu de pâtes, un peu de légumes)
5. Ne pas se forcer à manger avec les enfants, on est souvent plus relax pour gérer.
6. Limiter les snacks entre les repas.


Depuis Novembre, il y a un repas unique pour tout le monde à la maison, on ne cuisine pas des trucs extravagant en sauce, on n’essaye pas de cacher les légumes, on met juste des petites quantités. Parfois c’est du pique-nique. Hanaé mange du riz, des pâtes, des gnocci, du saumon, du poulet, de la viande hachée, de la pizza, de la tarte, des fraises, du pain, des biscuits, du fromage, et plus aucune purée. 

Nous avons totalement lâché prise, 
parfois elle a moins d’appétit et 
souvent elle va ne manger que 2 ou 3 morceaux, pas grave. 
Quand elle s’arrête c’est fini. 
À midi on complète avec 2 petits suisses à la fin, et le soir un biberon. 


À Noël, je suis arrivé chez mes parents les mains dans les poches, Hanaé et TJ ont mangé comme les adultes, de l’apéritif et ensuite de la lotte en sauce avec des petits légumes et du riz : j’étais complétement détachée, pour la 1ère fois de ma vie pas du tout angoissée de n’avoir rien préparé… Hanaé et TJ ont dévorés leur assiette.

Puis est arrivé le moment de la visite des 2 ans de Hanaé, fin janvier. J’avoue que là j’ai balisé de ce que le docteur allait me dire. Je suis un peu traumatisée par le discours des docteurs espagnols qui me culpabilisaient à chaque fois que je commençais à lâcher prise. 
Mais maintenant on est à Dubaï et notre médecin de famille est cool. Donc vient le moment de marquer le poids sur la courbe, et là, point de carnet de santé, elle me sort la courbe de l’OMS, je suis joie !!! Hanaé fait 9 kilos et des poussières, sur la courbe de l’OMS elle est dans la partie basse, mais c’est bon, pas de soucis. 


Ma pépette de 2 ans ne fait pas encore 10 kilos et on reste cool.


Avec le recul, je me rends compte que les progrès ont en fait commencé l’été dernier, pendant les soucis liés au déménagement et au changement de pays : on a suivi notre fille, on a respecté ses choix, on a arrêté d’angoisser. On revient de très très loin, ça me paraissait insurmontable mais en fait c’était si simple… 

Juste suivre notre fille, la respecter, rester sûr de nous et lâcher prise…








07 février, 2015

"6 février 2014, un grand jour pour notre Kaellie"

(aujourd'hui c'est maman qui dit...)




Il y a un an, j’étais en train de skipper avec mon amie Sophia, et là en même temps sur nos ordi respectifs est apparu une nouvelle conversation privée FB, Tududum ! Tududum ! Cette petite fenêtre a pop-up sur 2 autres ordinateurs, 2 autres copinettes blogueuses, devenues de vraies amies : Magicitrouille et Sophie l’attente.

Presque en même temps Sophia et moi avons lu la phrase écrite par notre Kaellie, c’était à peu près ça :

« Les filles j’ai les résultats, je suis enceinte !!!! »

Cette phrase si banale peut-elle vous paraître, ne l’était pas pour notre Kaellie. Alors que nous avions déjà toutes les 4, un ou 2 enfants chacune, Kaellie attendait encore… On essayait de la soutenir du mieux qu’on pouvait mais l’infertilité et DNLP sont des choses coriaces, dur de se battre contre.

Pendant 3 ans, Kaellie et son geek (comme elle l’appelle) se sont battu et ont du faire le deuil du bébé couette. Ils sont passés par de nombreuses épreuves, les traitements, les piqures, 3 PMA et 2 FIV. Pourtant, je n’ai jamais sentie d’hostilité, ni d’aigreur dans ses articles, et elle avait toujours des commentaires bienveillant sur les miens (moi la maman qui en a déjà 2).

J’ai allumé des dizaines de bougies pour Kaellie et murmuré des centaines de fois le même souhait.

Aussi quand j’ai levé les yeux sur mon écran ce jour-là, mes yeux se sont remplis de larmes et avec Sophia on s’est retrouvé à pleuré comme 2 connes devant notre écran… À plus de 5000km de distance, l’une de l’autre… C’est bien quand-même internet... Je me souviens que Sophia préparait un gâteau dans sa cuisine et elle faisait les cent-pas de la cuisinière au frigo, elle n’arrêtait pas de répéter avec son accent chantant du Sud « il faut que je l’appeleuh, il faut que je l’appelleuh, t’as pas son numéro ? ».


Ce jour-là, Kaellie nous annonçait la plus merveilleuse des nouvelles, 
mais surtout sans le savoir 
elle débutait une conversation à 5 qui n’allait jamais s’arrêter... 

Depuis 1 an, comme si on se retrouvait autours d’un café, mais sans se donner rendez-vous, on papotte. on discute, on se demande des conseils, on se rassure, on se soutient, on se marre, on vide son sac, on se dit tout et rien, un peu toutes les semaines, parfois tous les jours. Souvent après le travail, mon messenger affiche 54 messages non lu, et je me fais un plaisir de remonter la conversation que les 2, 3 ou 4 autres ont eu.

Pour moi, l’expat’ qui vit à des milliers de km de toutes mes amies, 
cette petite fenêtre de conversation me fait un bien fou

Il m’est impossible de remonter les 30,000 messages jusqu’au début de cette conversation qui n’a jamais été fermé et qui dure maintenant depuis 1 an.

Mais depuis le début, je me rappelle que nous avons pu vivre en direct chaque étape de la grossesse de notre Kaellie (qui n’a pas été de tout repos), la grossesse surprise de magicitrouille (C zero, qui dit mieux !!)... 
En octobre, une petite fille adorable, tellement espérée et attendue est enfin arrivée, un petit frère a fait la plus heureuse des grandes sœurs (et de ses parents) ; et au fil des mois, 2 petits garçons et 2 petites filles ont bien grandi… Mais surtout 5 mamans vivant à des milliers de kilomètres les unes des autres, ont pu se retrouver règulièrement, s’entraider, se soutenir, se marrer, pleurer, bitcher, partager, juste être là…


Merci les filles, grâce à vous je me sens moins seule, et merci à toutes mes autres copines d'être là de l'autre côté de leur écran (je pense surtout à toi ma Juju qui s'est mis à FB juste pour moi ♥).

Et surtout, merci, douce Kaellie de nous avoir fait partager cette nouvelle qui allait changer ta vie : ta petite fille s'était enfin décidé à quitter le monde des bébés pour rejoindre ses copines et ses copains dans le monde merveilleux des mamans...


en cadeau, un petit parallèle  ...




14 décembre, 2014

L’éducation respectueuse, pourquoi ça marche avec tout le monde ? RIE#8





Ça fait bientôt 1 an que j’essaye de devenir une maman plus respectueuse grâce à RIE et Janet Lansbury, et plus je lis, plus je réfléchis, plus je partage des conseils et plus ça devient naturel. Des choses qui avant m’auraient laissées plus que dubitatives, sont maintenant les plus normales du monde. 
Au début, je voyais ça comme une solution miracle pour les enfants en difficulté, mais je me trompais, c’est tout simplement une manière d’élever son enfant, tous les enfants. 
Je le constate avec Hanaé qui est très docile et avec qui j’applique les mêmes principes de respect que TJ. Ce n’est pas juste une collection de phrases magiques qui aident en cas de difficulté ou de crise, et qu’on oublie dès que ça va mieux.


Comme beaucoup de maman, avant de découvrir RIE, je croyais respecter mes enfants, mais en fait je ne le faisais pas entièrement, ou pas comme il faut. Surtout, je n’avais pas l’assurance et la confiance insufflées par les articles de Janet Lansbury, par les années de recherches et de pratiques de la spécialiste de l'enfance Magda Gerber et de la pédiatre Emmi Pikler. Parce que oui, RIE, 40 ans après, est encore très méconnu (surtout en France) et souvent pris par les gens qui ne connaissent pas comme « un truc de hippie » qui vient de nulle-part, où on laisse son enfant faire comme il veut, mais en fait c’est tout le contraire.

Etre un parent respectueux c’est entre autre se respecter soi-même, et ça passe avant tout par donner des limites claires et nettes à son enfant. 
D’ailleurs, les limites, les règles et les conséquences sont les clés du respect, et ce pour tout le monde et dans toutes les situations.

« C’est inconfortable pour moi si tu es timide, hésitant ou évasif. Comment puis-je me sentir en sécurité si les adultes dont j’ai désespérément besoin, flanchent dès que j’exprime mes sentiments ? S’il-te-plait, sois sûr de toi : met des points finals à la fin de tes phrases, accepte calmement ma désapprobation. Tes instructions sont plus importantes que jamais, elles ne blessent pas du tout mon "égo fragile", elles me LIBÈRENT, elles m’aident énormement et sont essentielles à mon bonheur »
(Janet Lansbury "What your toddler think of discipline": ce que pense ton enfant de la discipline)


Je suis en train de livre les 2 livres de Janet Lansbury. Si vous comprenez l’anglais, je vous invite grandement à les lire. Ils sont disponibles sur internet en version papier, kindle et même audio (la voix calme et assurée de Janet est juste géniale !)
Parce que si vous croyez que vous avez compris RIE en lisant juste mes 7 articles #RIE de cette année, je suis "of course" très flattée, mais ma vulgarisation des phrases magiques et autres façons de gérer ses enfants, sont juste le haut de l’iceberg. D’ailleurs Janet Lansbury le dit très bien :
« Le secret pour élever des enfants qui suivent nos règles et respectent les limites qu’on leur impose, n’a que très peu à voir avec des stratégies spécifiques ou des phrases magiques tel que "je ne te laisserai pas..."  
Le plus important – et qui au final détermine si notre conduite marche ou échoue – c’est la façon dont nous percevons nos enfants et notre attitude envers les limites et la discipline. Une fois que l’on a compris comment et ce que ça veut dire vraiment "une relation respectueuse", on peut faire plein d’erreurs mais la bonne nouvelle c’est qu’en fait on ne sera jamais vraiment en tort.»



En fait l’éducation respectueuse c’est très simple. En 2 points …


1. Traite ton enfant comme une personne à part entière :


Le plus souvent les parents se posent le même genre de question : "comment je peux lui faire faire... ranger sa chambre/brosser ses dents/manger sa soupe/arrêter de taper, mordre... ??" 
Le problème dans ces questions c’est "faire faire". Les parents approchent ces situations de difficultés avec leurs enfants en termes de "nous les parents contre eux les enfants" au lieu de penser à un travail d’équipe (comme avec un adulte). Ils veulent des trucs, des ruses pour savoir comment manipuler efficacement leurs enfants, comment arriver à les distraire assez pour qu’ils arrêtent de pleurer, pour qu’il mangent, qu’ils dorment, ces fameuse astuces qui semblent marcher chez les autres … 
Croyez-moi j’étais la première à avoir ce genre de conseil…

Alors qu’en fait, construire une relation basée sur le respect mutuel, c’est LA relation de confiance dont tout parent a besoin pour rendre son travail de parents beaucoup plus simple et beaucoup plus enrichissant. C’est ce qui fait la différence entre juste « aimer son enfant » (car on aime tous nos enfants) et pouvoir aimer ÊTRE avec son enfant. 

Dès leur naissance, les bébés sont des personnes sensibles et conscientes. Dès leur naissance, ils sont prêts à communiquer de façon honnête avec nous, prêts à participer activement à leur routine. Du moment où on les respecte en tant que tel, ils seront bien plus enclins à nous écouter et à coopérer.
Ma sœur a été aide-soignante dans une maison de retraite pendant très longtemps et avant de changer les couches des personnes âgées incontinentes, elle leur demandait s’il voulait être changé : c’est le moindre des respect non ? Pourquoi ça ne nous parait pas aussi naturel de demander la même chose à un enfant ou un bébé ?

Au contraire, essayer de "faire faire" ce qu’on veut à nos enfants, ne marche jamais plus qu’une ou 2 fois, ça ne nous aide pas à « aimer ÊTRE avec l’autre », et ça ne leur apprend rien. 
Par contre, se poser en guide calme qui montre l’exemple, explique et aide son enfant à se comporter de façon convenable, là est la clef de la discipline. Et toutes les phrases magiques et techniques de RIE que j’ai partagé cette année sont là pour nous y aider concrètement.



2. Repense la définition des moments privilégiés avec ton enfant :


Janet Lansbury utilise cette métaphore des chapeaux. Les parents doivent porter 2 chapeaux différents : un chapeau de fête et un chapeau de professionnel. Quand on porte notre chapeau de fête, on s’amuse avec nos enfants, on se sent connecté, aimé : c’est un moment sympa.

Porter notre chapeau professionnel, c’est pas aussi sympa, mais ça ne veut pas dire que ça doit forcément être un calvaire. Janet nous demande de repenser nos moments privilégiés pour inclure ceux où l’on porte notre chapeau professionnel. Parce que OUI, quand je suis face à une crise de refus de manger que j’essaye de gérer calmement et fermement, quand j’empêche Hanaé de mordre son frère, quand j’isole TJ parce qu’il a perdu le contrôle pour qu’il puisse décompresser en sécurité et en ma présence, ce sont des moments privilégiés.

Quoi ? Gérer une crise et fixer des limites = moments privilégiés ?! 
Je sais, c’est complètement contre-intuitif 
mais du point de vue de nos enfants, 
C’EST toujours un moment privilégié 
(et c’est pour ça que mettre au coin c’est vraiment dommage…).


Ces moments où l’on doit porter notre chapeau professionnel sont peut-être même les moments privilégiés les plus précieux parce que ce sont ceux où nos enfants on besoin de notre empathie, de notre aide et de notre supervision, bien plus que lors d’une séance de jeu. S’ils ne peuvent pas compter sur nous, leurs parents, dans ces moments là, qui va les aider ?
Profiter de ces moments "professionnels" comme des moments privilégiés est particulièrement essentiel pour les parents qui travaillent ou les multipares qui n’ont pas forcement beaucoup de temps à passer avec leurs enfants. Bien-sûr, dans ces cas-là, on aimerait que le peu de temps que l’on partage avec eux soit plutôt fun et joyeux, mais le plus souvent ce n’est pas de cette façon que nos enfants ont besoin de nous. 

Ils devraient pouvoir se plaindre, taper des pieds, pleurer 
et exprimer leurs sentiments les plus sombres avec l’assurance 
de toujours avoir notre reconnaissance. 
Ils ont besoin d’être sûr d’avoir un leader qui les aidera 
à respecter les règles et les limites face à leur « non ! » 
et qui surtout ne sera pas intimidé par leur mécontentement et leur désaccord.


La plus grande aspiration de Janet Lansbury en tant qu’éducateur RIE, c’est d’essayer de changer cette perception de la discipline, des règles et des limites – d’aider les parents à les transformer en termes positifs. Les règles et les limites, quand elles sont proposées dans un cadre « non-punitif » et dans un contexte d’empathie et de respect, sont des cadeaux dont on devrait être fiers et l’une des plus belles façons d’élever et d'aimer son enfant.

Je suis convaincu comme Janet, que les parents qui arriveront à reconnaitre cette dimension positive, auront de moins en moins de difficulté avec leurs enfants. En plus d’aimer leurs enfants, ils aimeront aussi être en compagnie de leurs enfants, même dans les moments plus "durs". De voir à quel point notre relation avec TJ a changé, de voir à quel point notre attitude a changé, c’est exactement ça ! Parce que maintenant j’ai l’assurance de pouvoir gérer tous ces moments privilégiés, grâce à toutes ces phrases et techniques que j’ai partagées avec vous cette année. Bien-sûr, je suis humaine et donc très imparfaite, je fais plein d’erreur, et j’apprends tous les jours, mais comme ma perception a changé, je ne suis jamais vraiment sur la mauvaise voie.

La semaine dernière, j’ai voulu rassurer Maud Petit Diable qui était désespérée avec son Cromignon, comme nous l'étions avec TJ, et puis là en 1 semaine, grâce à mes articles et quelques conversations, elle a compris ce qui n'allait pas, elle a changé sa perception, elle n’a plus peur, elle est zen... Elle a des nouveaux outils, elle gère mieux et Cromignon le ressent. Leur relation s'améliore, leur routine va mieux, hier il lui a même dit "je t'aime maman, même quand je suis en colère" (tient ça me rappelle quelqu'un... ♥).  Et ça c’est magnifique non ?!


Hanaé trouve que c'est magnifique aussi ☺