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28 décembre, 2015

Une journée ordinaire

(aujourd'hui c'est maman qui dit)


5h30 - le réveil sonne, je l’éteins mais j’ai pas envie de me lever, encore 5 min… Au loin j’entends le 1er appel à la prière, tellement « peaceful ». Je me lève et je vais chercher TJ, on descend tous les 2, ses petits bras autours de mon cou, et je le pose sur le canapé encore un peu endormi. Je lui prépare son chocolat chaud et un petit pain au lait. Je bois un grand verre d’eau ou du jus d’aloe vera. Puis je sors les lunch-box du frigo préparées la veille au soir pour les mettre dans leur lunch bag : parfois un sandwich avec des crudités, des œufs durs, des fruits, une compote, parfois des raconis (macaroni) comme dit Hanaé que je réchauffe au micro-onde avant de les mettre dans leur thermos. 

6h - je peux enfin déjeuner, du fromage blanc des fruits et des graines de lins, un thé et mon téléphone. Je check Facebook et whatsapp, parfois les mamans de la classe de TJ whatsapp une info de dernière minute. On monte se préparer, je réveille Hanaé avec son biberon de blédine. Elle le boit pendant que TJ et moi on se prépare puis je prépare Hanaé.

6h45 - TJ monte dans son bus je fais un petit signe à la bus nanny depuis le perron, pour lui dire bonjour. Je lance une machine, mets nos sacs dans la voiture puis je pars à la nursery avec Hanaé.
On passe chercher une amie collègue et son fils. Hanaé dit « on va checher Adam », elle me demande le CD et elle chante Katie Perry parfaitement en anglais « I got the eye of the tiggeer the firrrre ! ».

7h10 - On arrive à la nursery. Je pose les sacs de Hanaé dans sa classe, 
Un petit bonjour aux Atsem qui sont déjà là. Je leur dis si Hanaé a bien dormi, quel nounours elle a amené pour la sieste. Puis je passe dans ma classe (juste à côté). Je dis bonjour à mes Atsems : une s’occupe de préparer les couches, une autre découpe ou colle des œuvres d’arts de nos petits, la 3ème est déjà parti surveiller la early class où je dépose Hanaé qui s’empresse d’aller faire de la balançoire. Je fais des photocopies, prépare des activités artistiques ou j’ai parfois une réunion à 7h30.

8h00 - j’accueil les parents et mes petits toddler (19-22 mois) dans le playground. 
Ils sont maintenant pratiquement tous contents de venir, presque plus de larmes… Ils s’élancent vers le bac à sable ou la balançoire. Seul le petit Shi est encore très angoissé et arrive dans les bras de son père (sur mes conseils pas de maman car elle aussi est très angoissée). Je le rassure que papa revient plus tard après notre lunch : « tu es triste tu voulais que papa reste avec nous… il doit aller travailler. » et quelques minutes calinesques plus tard il s’élance pour aller conduire le train ou la voiture du playground. 
La petite Ell s’empresse de donner sa bouteille d’eau à chacun même si on n’a pas soif, en disant « kank you » (thank you). Elle pointe la liste d’appel et dit « nine » car un jour je comptais les présents et ils étaient 9, depuis elle pense que c’est le nom de la liste ♥ 
Certaines mamans aiment bien parler, ont toujours des questions, besoin d’être rassurées, d’autres partent vite au travail.

8h30 - c’est parti pour notre matinée d’activités, on rassemble les petits et on part en chantant direction le minihall, ou ils peuvent jouer à la cuisine, se déguiser ou promener des poupées en poussette. Une odeur familiaire m'arrive au narines "y'en a un qui a fait caca! Allez on vérifie les couches... Rash, es-ce que je peux regarder ta couche? Tu as fait caca?"

9h - une de mes Atsem est partie en avance préparer les tables pour la pause snack puis on a amené les petits se laver les mains « ♪We will we will rock you wash our hands ! ♪ ». Tout le monde est assis à sa place, certains on besoin d’aide et d’autres mangent tout seul. 

9h30 - c’est parti pour l’activité artistique du jour. 
Les petits jouent sur le tapis ou chantent des chansons avec les Atsem et je les prends un par un. Aujourd’hui on décore une copie du Burj Kalifa avec des petits bouts de papier d’alu et des paillettes. Je pose la colle et je laisse déposer les carrés d’alu comme ils veulent. J’évalue leur fine motor skills, capacité à se servir de leur doigt pour attraper, pincer, poser. La petite Mar m’épate à chaque fois par sa dexterité, elle reste très minitieuse et s’applique avec la patience d’une 4 ans. D'autres se contentent d'étaler un paquet d'alu au mileu ☺...


La matinée suit son cours 
on change d’activité et de lieu toutes les 30 minutes 
avec leur 2ème pause snack à 11h. 


11h15 - comme pour la pause de 9h, je remplis les cahiers de communication : j’écris ce qu’ils mangent puis s’ils ont fait caca ou pipi dans la couche et les activités qu’ils ont aimés faire aujourd’hui. 
À ma gauche, le petit Shi qui peut partir en pleurs crescendo "mamaaaa, papaaaaa" sans prévenir, croque des mini-bouts de pomme en disant "apple !". Quand il commence à hurler je pose mes mains sur ses oreilles et massent ses tempes : il se calme tout de suite. 
À ma droite, le petit Gha croque son sandwich aux oeufs, il est toujours assis près de moi car il a une allergie grave aux légumineuses (maladie courante ici), s’il en mange, ses globules rouges éclatent et il meurt...

11h45 - les premiers parents viennent chercher leurs petits, une question, un petit mot au papa ou à la maman sur ce qu’ils ont fait aujourd’hui, un bisou volant du petit et ils s’en vont.

12h - ma pause déjeuner en tête à tête avec mon amie Shamila, l’une de mes Atsem. 
Un jour sur 2 elle amène notre repas et le jour suivant c’est moi. Je découvre plein de bon plats SriLankais. Elle découvre que je ne suis pas une très bonne cuisinière, mais je m’améliore… LOL

12h35 - après un bon thé vert j’accueil mon groupe et mes Atsems de l’après-midi. 
Ils sont plus grands 3-4 ans. Ils jouent, dessinent, font de la pâte à modeler, parlent fort, courent dans tous les sens, crient... La petite Chlo qui vient d’avoir un petit frère veut toujours m’aider et faire la maman pour les plus petits, mais reste un peu trop brusque. Je vérifie les présents, les absents, ceux qui dorment, et quand le compte est bon on sort s’amuser dehors, maintenant que le temps est plus agréable. 

14h - la 3ème pause snack est finie, 
On range, on nettoie pendant que les enfants jouent. Certains ont alignés les chaises pour jouer au train. C’est un joyeux bazard ! Mai vient me voir car Momo l’a encore pincer au bras. Je rappelle à Momo qu’il ne peut pas pincer car ça fait très mal, puis le bon geste à faire, une caresse sur le bras. Je lui demande de me montrer pour voir s’il s’en rappelle, ce qu'il fait avec son petit air coupable ♥

15h05 - les parents sont venu chercher les enfants qui finissent à 15h, 
D'autres restent plus tard jusqu'à 17h30. Je récupère Hanaé, les sacs, ma collègue et son fils pour rentrer à la maison. On charge la voiture dans le parking et la mosquée juste à côte lance le 3ème appel à la prière de la journée : le muezzin est vraiment doué, ça me met en colère de penser que ces paroles sont reprises par certains pour terrifier avant de tuer...

16h - TJ vient d’arriver avec le bus de l’école. Il est fatigué, et parfois grognon ou alors très fier de lui car il a réussi à bien se comporter à l'école.
On parle 5 min puis je débarrasse les lunch bag, fais la petite vaisselle, j’étends la lessive que j’ai lancé ce matin. Les petits goutent devant les dessins-animés. Puis si j’ai le temps on fait un peu de lecture/spelling avec TJ.

17h - tous les petits du compound jouent ensemble dehors.
Ça fait des courses de vélo ou ça joue au foot avec 2 briques de chaque côté pour les cages. Ils ont 2, 4, 6, 8, 10 ans, Je papote avec les mamans/papa assise sur le perron. Papa Gregou va bientôt rentrer et si j’ai eu le courage, le diner est en préparation au four. 

19h30 - nous avons diné tôt, à l’anglaise, puis pris les douches et enfin lu les livres. 
Je me douche encore avec Hanaé et je ne suis pas prêt d’arrêter ce petit moment privilégié où elle me raconte des histoires, se savonne 3 fois le bidou et les jambes, et apprend à se brosser les dents "comme maman". Après un petit moment câlin/bisous/comptine pour s’endormir, je couche Hanaé. Je lui dis "je t’aime pour toujours" elle fait un petit mouvement de tête pour acquiescer genre "je sais maman". Elle m’épate de plus en plus dans sa manière de communiquer et d’exprimer ses sentiments. Un dernier petit regard, j’allume sa veilleuse-fleur et je descends au salon. Papa Grégou est encore en train de lire des livres avec TJ, sous son lit-mezzanine et très souvent ils s’endorment tous les deux pendant une demi-heure puis il met TJ au lit. 
Parfois, je dois finir de préparer les lunch-box pendant que papa Grégou fait la vaisselle. 

20h30 - mon moment détente.
Je regarde une série sur mon ordi, bien installée dans le canapé avec mon casque et une infusion à porter de main. Papa Grégou corrige des copies ou des cahiers avec un C dans l’air en fond.

22h - je monte.
Après un dernier bisou aux petits, je les remets dans le bon sens du lit et j’éteins les veilleuses des chambres. Je me crème les mains et je m’endors facilement en 5 minute bien au chaud sous ma couette.


&&&&&&&&&&&&&&


Ça faisait très longtemps que je n’avais pas écrit ici, très occupée, un peu blasée du blog, plus trop d’inspiration et puis cet article de Sophia m’a redonné goût et même si je n’ai pas trop le temps, j’espère revenir plus régulièrement... Je voulais moi aussi comme l’a si bien écrit Sophia « garder une trace de cette vie-là à ce moment précis parce que c'est précieux. Car ça peut changer en quelques secondes et que dans les mouvements quotidiens ordinaires, on ne se rend plus compte de la valeur des choses. » 

Je voulais rajouter qu’après les attentats, ici à Dubaï, le Burj Kalifa s'est illuminé bleu, blanc, rouge ; que tous mes amis et mes connaissances ont eu un mot gentil, ont exprimés leur choc, leur effroi : mes amis anglais, américains, canadiens, australiens, sud-africains, grecques, espagnols, allemands, russes, palestiniens, syriens, émiratis, libanais. Surtout les Syriens et Libanais. Il faut savoir que pour eux les attaques dans leur pays sont devenues malheureusement normales, ils viennent d’une zone en guerre et c’est pour ça le plus souvent qu’ils se sont expatriés. Pour eux la France est justement un endroit safe ou ils ont d’ailleurs très souvent de la famille (les Emiratis aussi), une terre d’accueil où les réfugiés devraient enfin se sentir en sécurité… Mais plus maintenant et c’est ça qui est différent selon eux, c’est pour ça que l’effroi et le soutient a été si intense après le 13 novembre, ça n’a rien à voir avec le prix d’une vie qui serait supérieure à une autre, avec la couleur de la peau ou la religion. 


Je vous laisse sur une note positive avec mes deux petites étoiles de Noël et vous souhaite que 2016 soit pleine de promesses et de rêves qui se réalisent, de rire, de joie, et de légèreté. 

À très bientôt.







08 juin, 2015

Le sportcasting à la garderie (L’éducation respectueuse RIE #9)

(aujourd'hui c'est maman qui dit)



Souviens-toi, l’été dernier je découvrais le sportcasting, ou la technique respectueuse du « commentateur » à adopter en cas de conflit entre tes enfants. J’explique tout ici.

Depuis janvier, je suis éducatrice en garderie et dans ma classe, 
ce n’est pas juste 1 frère et 1 soeur comme à la maison, 
c’est 16 petits de 2 ans. 

Autant dire que c’est une autre paire de manches ! 
Et bien, je vais sûrement te surprendre, mais c’est à la garderie que je m’éclate le plus avec le sportcating : cette technique est absolument MAGIQUE et marche 99% du temps. 
J’irai même jusqu’à dire qu’elle me vient encore plus naturellement car je suis de toute façon obligée de rester professionnelle, calme et rassurante pour chacun des 16 petits. Alors qu’à la maison hein, soyons honnête, il m’arrive encore de déraper et de crier…



Bref, je te redonne les grands principes puis un exemple concret.

Les 5 principes/bénéfices du « sportcasting »

1. Moins on en fait, plus ils apprenent
2. Notre confiance les aide à prendre confiance
3. Ne pas juger, ni choisir de camps
4. Ça encourage nos enfants à arrêter de s’identifier comme agresseur ou victime 
5. Ça aide les enfants à acquérir une meilleure intelligence émotionnelle, une meilleure compréhension de la situation et du language social des adultes.

Encore une fois, si tu veux plus de détails, voici mon 1er article qui explique plus en détail.





Voici donc un exemple de sportcasting (les noms ont été changés) : cette situation je la rencontre environ 10 fois par jour. Cette conversation je l’ai eu des centaines de fois, il ne s’agit pas d’une situation idéale inventée, c’est du vrai cas concret.


Harry joue avec une voiture
Kevin veut la même voiture et commence à vouloir la prendre
Harry commence à crier (ou pas si j’arrive avant)

Je m’approche, m’agenouille à la hauteur de l’enfant et je commence TOUJOURS à parler à celui qui veut prendre le jouet. Mon ton est neutre et il est très important de rester calme.

Moi : « Kévin, tu veux jouer avec la voiture ? »

Kévin : « oui !! » (là Kévin est super content car il se sent compris et 99% du temps ça l’arrête dans son geste de vouloir piquer le jouet à l’autre)

Moi à Kévin : « tu vois, Harry joue déjà avec la voiture. »

Kévin : « je la veux ! Je veux jouer aussi ! »

Moi à Harry : « Harry, Kévin voudrait jouer avec la voiture. » (il est très important de ne pas lui demander de partager, encore moins de l’obliger)

Harry : « NON ! c’est moi qui joue avec »

Moi à Kévin : « Je suis désolé, Harry n’a pas fini. Est-ce que tu peux attendre un peu ? » 
(il ne sert à RIEN de proposer une autre voiture, l’enfant est intéressé par cette voiture et pas une autre, c’est une manière de socialiser, genre un adulte dirait « oh c’est sympa cette voiture, c’est quel modèle, etc…. »)

À ce stade là, 
soit Kévin va attendre et décider tout seul de jouer avec autre chose
 (ce qui au fur et à mesure des semaines de « sportcasting » arrive de plus en plus), 
soit Harry a fini et va lui donner, 
soit il a pas fini et Kévin veut la voiture 
et n’arrive pas à attendre (ce qui arrive le plus souvent)


Kévin : « je veux la voiture maintenant !!!! »

Moi à Kévin : « tu la veux maintenant ? » - Kévin : « oui ! »

Moi à Harry : « Kévin voudrait la voiture maintenant. »

Harry : « non ! C’est la mienne ! »

Moi à Kévin : « je suis désolé Kévin, Harry n’a pas fini, tu dois attendre encore un petit peu. »

Moi à Harry : « Kévin a vraiment envie de jouer avec toi, qu’est-ce qu’on peut faire ? … Vous pouvez jouer ensemble. »


À ce moment, Kévin peut comprendre qu’il doit attendre 
ou Harry a fini et lui passe la voiture, 
ou Harry invite Kévin à jouer avec lui en lui passant une autre voiture qu’il accepte.

Sinon, il arrive souvent à Kévin de commencer une crise de pleurs, 
cris, pour faire sortir toutes ses émotions. À 2 ans, c’est très difficile d’attendre. 


Moi à Kévin : « je sais, c’est très difficile d’attendre son tour. Je peux attendre avec toi. »

Kévin va essayer d’arracher la voiture des mains de Harry, de le taper, voir de le mordre.

Moi à Kévin : (je bloque son geste doucement s’il essaye de taper ou mordre) « je ne te laisserai pas le taper, ça fait mal ».

Là Kévin peut se calmer ou alors il commence à péter un câble, cris, tape des pieds par terre, il n’arrive plus du tout à gérer ses émotions. 

C’est le moment crucial où (la fatigue et notre humanité aidant) il est facile de perdre notre calme et de commencer à crier ou vouloir empêcher Kévin de pleurer ou de crier, pire, de le punir.

Ce qui m’aide c’est de ne pas oublier que :

1- Kévin a 2 ans, son cerveau n’est pas assez développé pour gérer ses émotions ni avoir de self-control
2- Il a besoin d’une grande personne calme et assurée, il a besoin de mon aide, pas d’une punition
3- Il apprendra seulement si je lui montre le bon exemple


Moi à Kévin : 
« je sais c’est très difficile, je vois que tu as du mal à attendre. Je peux t’aider »

Généralement à ce moment là je garde l’enfant sur mes genou, 
j’offre un câlin silencieux jusqu’à ce qu’il se soit déchargé de toutes ses émotions. 
Ça peut prendre 5 voire 10 min.


Bien-sûr les situations varient. Dans le cas d’un livre ou d’un puzzle, je propose de jouer ensemble. Je dis souvent à l’enfant qui se sent agresser « Harry... Kévin veut jouer avec toi » ... « vous pouvez lire ensemble. »

La notion de jouer ensemble arrive plus tard vers 4-5 ans, mais le fait de leur proposer régulièrement fait qu’ils ont de plus en plus le reflex de gérer la situation tout seuls. J’entends de plus en plus les petits dirent « on lit ensemble » puis les 2 s’asseoir côte à côte.


En cas de danger imminent genre l’enfant se met à mordre tout de suite et la discussion n’est pas possible, je le retire immédiatement en lui disant « je ne te laisserai pas le mordre, ça fait mal ». Je l’ammène plus loin « on s’asseoit là pour se calmer un peu »… Je peux alors lui demander « tu voulais jouer avec la voiture…etc. ». S'il a fait mal à un autre, je rassure souvent "tu sais il voulait jouer avec toi..."

La prévention est bien plus efficace 
que n’importe quelle punition 
et dans ma classe il n’y a pas de punition ni de coin. 

Pour ses petits qui ont recours à la violence tout de suite, il est important d’avoir toujours un adulte qui l’observe tout le temps afin de prévenir son geste. Je peux quand-même mettre un petit loin des autres s’il devient agressif, mais sans honte ni parole blessante. Souvent je lui donne un livre et je le garde à distance pendant quelques minutes, si je peux je reste avec lui, sinon je lui demande régulièrement s’il se sent mieux. 

Le plus important à retenir et de ne pas mettre d’étiquette sur les enfants : celui qui mord, celui qui tape, celui qui prend les jouets, celui qui ne prête pas… Ils ont 2 ans et ces comportements sont tout à fait normaux à ce stade de leur développement. 

À nous de rester calme et leur montrer le bon exemple 
pour qu’au fur et à mesure 
ils apprennent à jouer ensemble...


... à créer un arc-en-ciel avec des sprays d'eau par exemple 




21 mars, 2015

Le jour où j’ai lâché prise sur la nourriture…

(aujourd'hui c'est maman qui dit...)


Plusieurs semaines que je n’ai pas écrit…

Peur de « jinxer » le truc, de porter la poisse…

Finalement je vais quand-même en parler, ça peut toujours aider une autre maman en détresse.

Si vous me lisez depuis longtemps, vous savez que mes enfants adorent dormir, mais manger c’est un vrai challenge, par période c’était même devenu une lutte, un cauchemard, une inquiétude de tous les jours. 



Pique-nique au parc - Décembre 2014
L’été dernier, nous étions en plein déménagement, Hanaé prenait encore ses doses de poudre spéciale pour grossir. On avait un petit rythme de croisière sympa ou elle mangeait assez bien, les 3-4 petits pots qu’elle préférait, des compotes. Elle n’arrivait toujours pas à manger des morceaux à 18 mois, petite bouche, pas beaucoup de dents, tendance à vomir, etc… 

En Juillet elle a commencé à tout refuser, 
sauf le biberon. 
Elle se nourrissait essentiellement 
de lait entier, blédine et sa poudre spéciale. 

Après notre expérience avec son grand-frère, on savait qu’il ne servait à rien de forcer. Bien-sûr l’inquiétude était là et il y a eu des cris inutiles, des crises qui n’ont servi à rien. 




Puis un jour elle a mangé un petit suisse, elle aimait bien, mais toujours pas de purée de légumes, ni de morceaux. Alors un soir j’ai tenté de mettre du petit suisse sur la cuillère, avec sa purée : je ne me suis pas caché, elle a très bien vu ce que je faisais, ce n’était pas une astuce pour la berner, ce n’est pas comme ça que je veux traiter mes enfants : même à 18 mois elle n’est pas stupide et je me suis engagé à traiter mes enfants de façon respectueuse. Bref devant elle, j’ai pris une cuillère de petit pot puis du petit suisse et elle l’a mangé avec beaucoup d’appétit, elle a fini sont premier petit pot (+petit suisse) depuis 2 mois. On a commencé à en faire une habitude. En parallèle, on s’est rendu compte qu’elle aimait bien la purée mousseline.

Donc, pendant plusieurs semaines, son régime alimentaire était purée de patate à midi, quelques morceaux de fruits mâchouillés, et petit pot+petitsuisse mélangé le soir, avec 2 biberons, matin et soir. Certaines mamans qui lisent vont sûrement penser « mais quels parents indignes… », pour nous elle mangeait, dans le calme, et c’était le plus important.

J’ai régulièrement proposé sans forcer, des trucs différents, surtout des morceaux de nourriture, de la viande, du poulet, des pâtes du riz… Elle ne mangeait aucun morceau, elle jouait avec, c’était tout. J’ai complètement lâché prise, et du coup je ne me suis plus énervé du tout : je l’ai laissé découvrir, je m’étais fait une raison, j’aurai du nettoyage après, voilà tout.

Elle continuait son régime à base de purée, et « suissui » (petit suisse), puis elle a commencé à se lasser de la purée et ne voulait manger que le petit suisse.

On était au mois de Novembre, Hanaé ne voulait plus manger aucune purée, elle voulait croquer des morceaux : j’ai arrêté d’acheter des petits pots, j’ai commencé à lui mettre en petit morceaux sur sa tablette, la même chose que l’on mangeait : on n’a même pas essayé de l’encourager, c’était le repas, point final.

Mars 2015


Je me suis rappelé d’un article RIE (l’éducation respectueuse que je pratique) sur les 6 étapes pour avoir un repas sans crise et sans conflit…

1. Enlever toute émotion dans nos reactions : bien sûr ne pas s'énerver si il ne mange pas, mais aussi ne pas congratuler s'il mange : manger c'est normal pour vivre et remplir son estomac. Point final.
2. Arrêter les jeux pour faire manger genre faire l'avion, etc... Ecouter son enfant, s'il dit non meme après 3 cuillières, c'est fini, il mangera mieux au repas d'après.
3. Offrir des petites quantités de nourriture : par exemple pour TJ je lui met 2 petits pois dans son assiette de pâte, etc..
4. faire une assiette variée avec plusieurs aliments différents dedans (genre un peu de viande, un peu de pâtes, un peu de légumes)
5. Ne pas se forcer à manger avec les enfants, on est souvent plus relax pour gérer.
6. Limiter les snacks entre les repas.


Depuis Novembre, il y a un repas unique pour tout le monde à la maison, on ne cuisine pas des trucs extravagant en sauce, on n’essaye pas de cacher les légumes, on met juste des petites quantités. Parfois c’est du pique-nique. Hanaé mange du riz, des pâtes, des gnocci, du saumon, du poulet, de la viande hachée, de la pizza, de la tarte, des fraises, du pain, des biscuits, du fromage, et plus aucune purée. 

Nous avons totalement lâché prise, 
parfois elle a moins d’appétit et 
souvent elle va ne manger que 2 ou 3 morceaux, pas grave. 
Quand elle s’arrête c’est fini. 
À midi on complète avec 2 petits suisses à la fin, et le soir un biberon. 


À Noël, je suis arrivé chez mes parents les mains dans les poches, Hanaé et TJ ont mangé comme les adultes, de l’apéritif et ensuite de la lotte en sauce avec des petits légumes et du riz : j’étais complétement détachée, pour la 1ère fois de ma vie pas du tout angoissée de n’avoir rien préparé… Hanaé et TJ ont dévorés leur assiette.

Puis est arrivé le moment de la visite des 2 ans de Hanaé, fin janvier. J’avoue que là j’ai balisé de ce que le docteur allait me dire. Je suis un peu traumatisée par le discours des docteurs espagnols qui me culpabilisaient à chaque fois que je commençais à lâcher prise. 
Mais maintenant on est à Dubaï et notre médecin de famille est cool. Donc vient le moment de marquer le poids sur la courbe, et là, point de carnet de santé, elle me sort la courbe de l’OMS, je suis joie !!! Hanaé fait 9 kilos et des poussières, sur la courbe de l’OMS elle est dans la partie basse, mais c’est bon, pas de soucis. 


Ma pépette de 2 ans ne fait pas encore 10 kilos et on reste cool.


Avec le recul, je me rends compte que les progrès ont en fait commencé l’été dernier, pendant les soucis liés au déménagement et au changement de pays : on a suivi notre fille, on a respecté ses choix, on a arrêté d’angoisser. On revient de très très loin, ça me paraissait insurmontable mais en fait c’était si simple… 

Juste suivre notre fille, la respecter, rester sûr de nous et lâcher prise…








14 décembre, 2014

L’éducation respectueuse, pourquoi ça marche avec tout le monde ? RIE#8





Ça fait bientôt 1 an que j’essaye de devenir une maman plus respectueuse grâce à RIE et Janet Lansbury, et plus je lis, plus je réfléchis, plus je partage des conseils et plus ça devient naturel. Des choses qui avant m’auraient laissées plus que dubitatives, sont maintenant les plus normales du monde. 
Au début, je voyais ça comme une solution miracle pour les enfants en difficulté, mais je me trompais, c’est tout simplement une manière d’élever son enfant, tous les enfants. 
Je le constate avec Hanaé qui est très docile et avec qui j’applique les mêmes principes de respect que TJ. Ce n’est pas juste une collection de phrases magiques qui aident en cas de difficulté ou de crise, et qu’on oublie dès que ça va mieux.


Comme beaucoup de maman, avant de découvrir RIE, je croyais respecter mes enfants, mais en fait je ne le faisais pas entièrement, ou pas comme il faut. Surtout, je n’avais pas l’assurance et la confiance insufflées par les articles de Janet Lansbury, par les années de recherches et de pratiques de la spécialiste de l'enfance Magda Gerber et de la pédiatre Emmi Pikler. Parce que oui, RIE, 40 ans après, est encore très méconnu (surtout en France) et souvent pris par les gens qui ne connaissent pas comme « un truc de hippie » qui vient de nulle-part, où on laisse son enfant faire comme il veut, mais en fait c’est tout le contraire.

Etre un parent respectueux c’est entre autre se respecter soi-même, et ça passe avant tout par donner des limites claires et nettes à son enfant. 
D’ailleurs, les limites, les règles et les conséquences sont les clés du respect, et ce pour tout le monde et dans toutes les situations.

« C’est inconfortable pour moi si tu es timide, hésitant ou évasif. Comment puis-je me sentir en sécurité si les adultes dont j’ai désespérément besoin, flanchent dès que j’exprime mes sentiments ? S’il-te-plait, sois sûr de toi : met des points finals à la fin de tes phrases, accepte calmement ma désapprobation. Tes instructions sont plus importantes que jamais, elles ne blessent pas du tout mon "égo fragile", elles me LIBÈRENT, elles m’aident énormement et sont essentielles à mon bonheur »
(Janet Lansbury "What your toddler think of discipline": ce que pense ton enfant de la discipline)


Je suis en train de livre les 2 livres de Janet Lansbury. Si vous comprenez l’anglais, je vous invite grandement à les lire. Ils sont disponibles sur internet en version papier, kindle et même audio (la voix calme et assurée de Janet est juste géniale !)
Parce que si vous croyez que vous avez compris RIE en lisant juste mes 7 articles #RIE de cette année, je suis "of course" très flattée, mais ma vulgarisation des phrases magiques et autres façons de gérer ses enfants, sont juste le haut de l’iceberg. D’ailleurs Janet Lansbury le dit très bien :
« Le secret pour élever des enfants qui suivent nos règles et respectent les limites qu’on leur impose, n’a que très peu à voir avec des stratégies spécifiques ou des phrases magiques tel que "je ne te laisserai pas..."  
Le plus important – et qui au final détermine si notre conduite marche ou échoue – c’est la façon dont nous percevons nos enfants et notre attitude envers les limites et la discipline. Une fois que l’on a compris comment et ce que ça veut dire vraiment "une relation respectueuse", on peut faire plein d’erreurs mais la bonne nouvelle c’est qu’en fait on ne sera jamais vraiment en tort.»



En fait l’éducation respectueuse c’est très simple. En 2 points …


1. Traite ton enfant comme une personne à part entière :


Le plus souvent les parents se posent le même genre de question : "comment je peux lui faire faire... ranger sa chambre/brosser ses dents/manger sa soupe/arrêter de taper, mordre... ??" 
Le problème dans ces questions c’est "faire faire". Les parents approchent ces situations de difficultés avec leurs enfants en termes de "nous les parents contre eux les enfants" au lieu de penser à un travail d’équipe (comme avec un adulte). Ils veulent des trucs, des ruses pour savoir comment manipuler efficacement leurs enfants, comment arriver à les distraire assez pour qu’ils arrêtent de pleurer, pour qu’il mangent, qu’ils dorment, ces fameuse astuces qui semblent marcher chez les autres … 
Croyez-moi j’étais la première à avoir ce genre de conseil…

Alors qu’en fait, construire une relation basée sur le respect mutuel, c’est LA relation de confiance dont tout parent a besoin pour rendre son travail de parents beaucoup plus simple et beaucoup plus enrichissant. C’est ce qui fait la différence entre juste « aimer son enfant » (car on aime tous nos enfants) et pouvoir aimer ÊTRE avec son enfant. 

Dès leur naissance, les bébés sont des personnes sensibles et conscientes. Dès leur naissance, ils sont prêts à communiquer de façon honnête avec nous, prêts à participer activement à leur routine. Du moment où on les respecte en tant que tel, ils seront bien plus enclins à nous écouter et à coopérer.
Ma sœur a été aide-soignante dans une maison de retraite pendant très longtemps et avant de changer les couches des personnes âgées incontinentes, elle leur demandait s’il voulait être changé : c’est le moindre des respect non ? Pourquoi ça ne nous parait pas aussi naturel de demander la même chose à un enfant ou un bébé ?

Au contraire, essayer de "faire faire" ce qu’on veut à nos enfants, ne marche jamais plus qu’une ou 2 fois, ça ne nous aide pas à « aimer ÊTRE avec l’autre », et ça ne leur apprend rien. 
Par contre, se poser en guide calme qui montre l’exemple, explique et aide son enfant à se comporter de façon convenable, là est la clef de la discipline. Et toutes les phrases magiques et techniques de RIE que j’ai partagé cette année sont là pour nous y aider concrètement.



2. Repense la définition des moments privilégiés avec ton enfant :


Janet Lansbury utilise cette métaphore des chapeaux. Les parents doivent porter 2 chapeaux différents : un chapeau de fête et un chapeau de professionnel. Quand on porte notre chapeau de fête, on s’amuse avec nos enfants, on se sent connecté, aimé : c’est un moment sympa.

Porter notre chapeau professionnel, c’est pas aussi sympa, mais ça ne veut pas dire que ça doit forcément être un calvaire. Janet nous demande de repenser nos moments privilégiés pour inclure ceux où l’on porte notre chapeau professionnel. Parce que OUI, quand je suis face à une crise de refus de manger que j’essaye de gérer calmement et fermement, quand j’empêche Hanaé de mordre son frère, quand j’isole TJ parce qu’il a perdu le contrôle pour qu’il puisse décompresser en sécurité et en ma présence, ce sont des moments privilégiés.

Quoi ? Gérer une crise et fixer des limites = moments privilégiés ?! 
Je sais, c’est complètement contre-intuitif 
mais du point de vue de nos enfants, 
C’EST toujours un moment privilégié 
(et c’est pour ça que mettre au coin c’est vraiment dommage…).


Ces moments où l’on doit porter notre chapeau professionnel sont peut-être même les moments privilégiés les plus précieux parce que ce sont ceux où nos enfants on besoin de notre empathie, de notre aide et de notre supervision, bien plus que lors d’une séance de jeu. S’ils ne peuvent pas compter sur nous, leurs parents, dans ces moments là, qui va les aider ?
Profiter de ces moments "professionnels" comme des moments privilégiés est particulièrement essentiel pour les parents qui travaillent ou les multipares qui n’ont pas forcement beaucoup de temps à passer avec leurs enfants. Bien-sûr, dans ces cas-là, on aimerait que le peu de temps que l’on partage avec eux soit plutôt fun et joyeux, mais le plus souvent ce n’est pas de cette façon que nos enfants ont besoin de nous. 

Ils devraient pouvoir se plaindre, taper des pieds, pleurer 
et exprimer leurs sentiments les plus sombres avec l’assurance 
de toujours avoir notre reconnaissance. 
Ils ont besoin d’être sûr d’avoir un leader qui les aidera 
à respecter les règles et les limites face à leur « non ! » 
et qui surtout ne sera pas intimidé par leur mécontentement et leur désaccord.


La plus grande aspiration de Janet Lansbury en tant qu’éducateur RIE, c’est d’essayer de changer cette perception de la discipline, des règles et des limites – d’aider les parents à les transformer en termes positifs. Les règles et les limites, quand elles sont proposées dans un cadre « non-punitif » et dans un contexte d’empathie et de respect, sont des cadeaux dont on devrait être fiers et l’une des plus belles façons d’élever et d'aimer son enfant.

Je suis convaincu comme Janet, que les parents qui arriveront à reconnaitre cette dimension positive, auront de moins en moins de difficulté avec leurs enfants. En plus d’aimer leurs enfants, ils aimeront aussi être en compagnie de leurs enfants, même dans les moments plus "durs". De voir à quel point notre relation avec TJ a changé, de voir à quel point notre attitude a changé, c’est exactement ça ! Parce que maintenant j’ai l’assurance de pouvoir gérer tous ces moments privilégiés, grâce à toutes ces phrases et techniques que j’ai partagées avec vous cette année. Bien-sûr, je suis humaine et donc très imparfaite, je fais plein d’erreur, et j’apprends tous les jours, mais comme ma perception a changé, je ne suis jamais vraiment sur la mauvaise voie.

La semaine dernière, j’ai voulu rassurer Maud Petit Diable qui était désespérée avec son Cromignon, comme nous l'étions avec TJ, et puis là en 1 semaine, grâce à mes articles et quelques conversations, elle a compris ce qui n'allait pas, elle a changé sa perception, elle n’a plus peur, elle est zen... Elle a des nouveaux outils, elle gère mieux et Cromignon le ressent. Leur relation s'améliore, leur routine va mieux, hier il lui a même dit "je t'aime maman, même quand je suis en colère" (tient ça me rappelle quelqu'un... ♥).  Et ça c’est magnifique non ?!


Hanaé trouve que c'est magnifique aussi ☺