(aujourd'hui c'est maman qui dit)
Souviens-toi, l’été dernier je découvrais le sportcasting, ou la technique respectueuse du « commentateur » à adopter en cas de conflit entre tes enfants. J’explique tout ici.
Depuis janvier, je suis éducatrice en garderie et dans ma classe,
ce n’est pas juste 1 frère et 1 soeur comme à la maison,
c’est 16 petits de 2 ans.
Autant dire que c’est une autre paire de manches !
Et bien, je vais sûrement te surprendre, mais c’est à la garderie que je m’éclate le plus avec le sportcating : cette technique est absolument MAGIQUE et marche 99% du temps.
J’irai même jusqu’à dire qu’elle me vient encore plus naturellement car je suis de toute façon obligée de rester professionnelle, calme et rassurante pour chacun des 16 petits. Alors qu’à la maison hein, soyons honnête, il m’arrive encore de déraper et de crier…
Bref, je te redonne les grands principes puis un exemple concret.
Les 5 principes/bénéfices du « sportcasting »
1. Moins on en fait, plus ils apprenent
2. Notre confiance les aide à prendre confiance
3. Ne pas juger, ni choisir de camps
4. Ça encourage nos enfants à arrêter de s’identifier comme agresseur ou victime
5. Ça aide les enfants à acquérir une meilleure intelligence émotionnelle, une meilleure compréhension de la situation et du language social des adultes.
Encore une fois, si tu veux plus de détails, voici mon 1er article qui explique plus en détail.
Voici donc un exemple de sportcasting (les noms ont été changés) : cette situation je la rencontre environ 10 fois par jour. Cette conversation je l’ai eu des centaines de fois, il ne s’agit pas d’une situation idéale inventée, c’est du vrai cas concret.
Harry joue avec une voiture
Kevin veut la même voiture et commence à vouloir la prendre
Harry commence à crier (ou pas si j’arrive avant)
Je m’approche, m’agenouille à la hauteur de l’enfant et je commence TOUJOURS à parler à celui qui veut prendre le jouet. Mon ton est neutre et il est très important de rester calme.
Moi : « Kévin, tu veux jouer avec la voiture ? »
Kévin : « oui !! » (là Kévin est super content car il se sent compris et 99% du temps ça l’arrête dans son geste de vouloir piquer le jouet à l’autre)
Moi à Kévin : « tu vois, Harry joue déjà avec la voiture. »
Kévin : « je la veux ! Je veux jouer aussi ! »
Moi à Harry : « Harry, Kévin voudrait jouer avec la voiture. » (il est très important de ne pas lui demander de partager, encore moins de l’obliger)
Harry : « NON ! c’est moi qui joue avec »
Moi à Kévin : « Je suis désolé, Harry n’a pas fini. Est-ce que tu peux attendre un peu ? »
(il ne sert à RIEN de proposer une autre voiture, l’enfant est intéressé par cette voiture et pas une autre, c’est une manière de socialiser, genre un adulte dirait « oh c’est sympa cette voiture, c’est quel modèle, etc…. »)
À ce stade là,
soit Kévin va attendre et décider tout seul de jouer avec autre chose
(ce qui au fur et à mesure des semaines de « sportcasting » arrive de plus en plus),
soit Harry a fini et va lui donner,
soit il a pas fini et Kévin veut la voiture
et n’arrive pas à attendre (ce qui arrive le plus souvent)
Kévin : « je veux la voiture maintenant !!!! »
Moi à Kévin : « tu la veux maintenant ? » - Kévin : « oui ! »
Moi à Harry : « Kévin voudrait la voiture maintenant. »
Harry : « non ! C’est la mienne ! »
Moi à Kévin : « je suis désolé Kévin, Harry n’a pas fini, tu dois attendre encore un petit peu. »
Moi à Harry : « Kévin a vraiment envie de jouer avec toi, qu’est-ce qu’on peut faire ? … Vous pouvez jouer ensemble. »
À ce moment, Kévin peut comprendre qu’il doit attendre
ou Harry a fini et lui passe la voiture,
ou Harry invite Kévin à jouer avec lui en lui passant une autre voiture qu’il accepte.
Sinon, il arrive souvent à Kévin de commencer une crise de pleurs,
cris, pour faire sortir toutes ses émotions. À 2 ans, c’est très difficile d’attendre.
Moi à Kévin : « je sais, c’est très difficile d’attendre son tour. Je peux attendre avec toi. »
Kévin va essayer d’arracher la voiture des mains de Harry, de le taper, voir de le mordre.
Moi à Kévin : (je bloque son geste doucement s’il essaye de taper ou mordre) « je ne te laisserai pas le taper, ça fait mal ».
Là Kévin peut se calmer ou alors il commence à péter un câble, cris, tape des pieds par terre, il n’arrive plus du tout à gérer ses émotions.
C’est le moment crucial où (la fatigue et notre humanité aidant) il est facile de perdre notre calme et de commencer à crier ou vouloir empêcher Kévin de pleurer ou de crier, pire, de le punir.
Ce qui m’aide c’est de ne pas oublier que :
1- Kévin a 2 ans, son cerveau n’est pas assez développé pour gérer ses émotions ni avoir de self-control
2- Il a besoin d’une grande personne calme et assurée, il a besoin de mon aide, pas d’une punition
3- Il apprendra seulement si je lui montre le bon exemple
Moi à Kévin :
« je sais c’est très difficile, je vois que tu as du mal à attendre. Je peux t’aider »
Généralement à ce moment là je garde l’enfant sur mes genou,
j’offre un câlin silencieux jusqu’à ce qu’il se soit déchargé de toutes ses émotions.
Ça peut prendre 5 voire 10 min.
Bien-sûr les situations varient. Dans le cas d’un livre ou d’un puzzle, je propose de jouer ensemble. Je dis souvent à l’enfant qui se sent agresser « Harry... Kévin veut jouer avec toi » ... « vous pouvez lire ensemble. »
La notion de jouer ensemble arrive plus tard vers 4-5 ans, mais le fait de leur proposer régulièrement fait qu’ils ont de plus en plus le reflex de gérer la situation tout seuls. J’entends de plus en plus les petits dirent « on lit ensemble » puis les 2 s’asseoir côte à côte.
En cas de danger imminent genre l’enfant se met à mordre tout de suite et la discussion n’est pas possible, je le retire immédiatement en lui disant « je ne te laisserai pas le mordre, ça fait mal ». Je l’ammène plus loin « on s’asseoit là pour se calmer un peu »… Je peux alors lui demander « tu voulais jouer avec la voiture…etc. ». S'il a fait mal à un autre, je rassure souvent "tu sais il voulait jouer avec toi..."
La prévention est bien plus efficace
que n’importe quelle punition
et dans ma classe il n’y a pas de punition ni de coin.
Pour ses petits qui ont recours à la violence tout de suite, il est important d’avoir toujours un adulte qui l’observe tout le temps afin de prévenir son geste. Je peux quand-même mettre un petit loin des autres s’il devient agressif, mais sans honte ni parole blessante. Souvent je lui donne un livre et je le garde à distance pendant quelques minutes, si je peux je reste avec lui, sinon je lui demande régulièrement s’il se sent mieux.
Le plus important à retenir et de ne pas mettre d’étiquette sur les enfants : celui qui mord, celui qui tape, celui qui prend les jouets, celui qui ne prête pas… Ils ont 2 ans et ces comportements sont tout à fait normaux à ce stade de leur développement.
À nous de rester calme et leur montrer le bon exemple
pour qu’au fur et à mesure
ils apprennent à jouer ensemble...
| ... à créer un arc-en-ciel avec des sprays d'eau par exemple |
Merci, merci, merci. C'est très très clair, ton article me parle beaucoup. Avec ma numéro 2 qui approche les 2 ans et qui a tendance à être très impatiente, à mordre ou taper, surtout sa soeur, je suis assez désemparée.Ton article me donne des pistes, reste maintenant à faire preuve de patience, et à être présente à leurs côtés mais autrement.
RépondreSupprimerJ'adore ton billet! J'essaye autant que possible, ce qui est compliqué avec Cromi c'est qu'il passe de suite à l'étape "je tape, je mords, je fais une grosse colère" avec sa soeur, donc je n'ai pas vraiment le temps avant de passer à la gestion de colère! Mais la phrase magique ici c'est "qu'est ce qu'on peut faire?" et le voir chercher puis trouver une solution, ça n'a pas de prix!
RépondreSupprimerTout d'abord, merci pour ces articles très intéressants! Tout comme Maud il y a quelque temps, je suis désemparée en ce moment par le comportement de ma fille de 3 ans qui nous en fait voir de toutes les couleurs au moment du coucher. J'en ai parlé un tout petit peu ici http://mychipounette.blogspot.fr/2015/06/7-jours-et-des-merveilles-54.html mais pour l'instant, je n'ai pas eu vraiment d'aide. Je vais relire avec attention tous les billets mais si tu as une solution pour moi, je suis preneuse. Merci beaucoup et très bonne soirée (enfin je ne sais pas quelle heure il est à Dubaï).
RépondreSupprimerBlog très émouvant. Les pays et les paysages que vous décrivez au fil de vos déménagements me parlent et me dépaysent énormément. Merci.
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